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De l'art si
je veux --------------------------------------------------- 09-12-2004 : 13 mai au 1er juin 2005 : -------------------------------------------------------------------- ------------------------------------------------------------------- 22-05-2005 - Artificial.dk --------------------------------------------------------- Intra Muros N°116, février 2005 De l'art si je veux A partir des réflexions d'un
groupe d'adolescents d'un quartier du Mans à propos de l'art
contemporain (Duchamp, Bacon, Arman, etc.), le plasticien Nicolas Clauss
a imaginé un site tout à fait envoûtant (et déroutant).
Une succession de tableaux interactifs créés à
partir des images (photos, vidéos) et compositions musicales
produites par ces adolescents. ---------------------------------------------------------
Libération, 31 janvier 2005 Multimédia. Huit ados du Mans retracent sur
un site leur rencontre avec des oeuvres contemporaines. la rencontre est singulière, presque trop politiquement correcte. Samia, 12 ans, brunette aux yeux pétillants et langue bien pendue, est la première à demander si c'est l'équation «banlieue plus art contemporain» qui fait que la presse s'intéresse à eux. Eux : huit enfants, de 11 à 17 ans, des Sablons, cité du Mans, grandes barres HLM plus ou moins fraîchement repeintes, espaces verts pelés, avec son brassage de communautés, son chômage et ses problèmes sociaux. Fiers et incrédules, conscients d'avoir été au bout d'un beau projet («ben ouais c'est de l'art») tout en ayant du mal à envisager la suite («aller voir des expos... Mais au Mans, y a rien...»), les six filles et deux garçons ne tiennent pas en place, rigolent nerveusement. Ont du mal à raconter l'expérience vécue à l'Espal, scène nationale sise au coeur de la cité, avec médiathèque et espace culture multimédia (ECM). Ils ont découvert un artiste, Nicolas Clauss, et ses réalisations multimédias poétiques, virtuoses, se sont familiarisés avec la création contemporaine et les nouvelles technologies, ont filmé, scanné, détouré, enregistré à tout va, pour réaliser un site, mis en scène par Nicolas Clauss, pièce d'orfèvre de la création numérique (www.delartsijeveux.com). Tâtonner. L'artiste, en résidence à l'Espal, est un peintre aux pinceaux électroniques, qui élabore une oeuvre intimiste, subtile, exigeante, via des modules interactifs qu'il distille sur Flying Puppet ou d'autres projets de collaboration sur la Toile. Il a accepté le principe d'une résidence ouverte, où les adolescents et lui prendraient le temps de faire connaissance, de tâtonner, débattre, recommencer. Six mois et des week-ends de travail plus tard, le site De l'art si je veux est un point de vue sur la création d'une fraîcheur rare. Nicolas Clauss a fait «le pari un peu bizarre de demander à des gens qui ne connaissent rien à l'art, parce qu'ils sont trop jeunes et que leurs parents n'ont aucune idée sur le sujet, de se confronter à des bouquins et à [son] travail, pour faire sortir des vérités». Souris en main, Samia et Meïssa, deux inséparables, naviguent sur le site pour en expliquer les dessous. Samia a choisi Duchamp, le pape du ready-made, en voyant l'urinoir (Fontaine) sur la couverture d'un livre : «Ça m'a plu tout de suite, c'est pas beau mais c'est flagrant.» C'est elle qui a eu l'idée de travailler les titres des oeuvres de Marcel Duchamp, piochés sur le Net : «Pourquoi il jouait avec les titres, Nu descendant un escalier, LHOOQ [à prononcer à haute voix]... Parce que c'était un grand joueur d'échecs, il était différent.» Pour mettre en scène la curiosité de Samia, Nicolas Clauss superpose une photo de l'artiste jouant aux échecs, une reproduction de l'urinoir, un détail d'une Joconde aux moustaches (LHOOQ). Le curseur dévoile des titres, la voix de Samia raconte les jeux de mots du dadaïste. En pro, elle commente : «Derrière, attends, c'est Rose Sélavy, quand il s'est travesti, le rose c'est la couleur d'une femme, et puis on dit qu'on voit la vie en rose, c'est pour ça qu'il s'est travesti.» Métaphore. Meïssa tempère : «On n'est pas dans la tête de l'artiste, on sait pas pourquoi il l'a dessiné.» Et ajoute : «J'ai compris que l'art, c'est tout ou rien.» Cattelan, Bacon, Spoerri, les frères Chapman : la petite bande n'est pas allée au plus facile. Pour évoquer Munch, seul «ancien» de la sélection, ils ont eu une idée : «On piégeait les petits curieux, pendant le forum culturel, en leur demandant, face à la caméra, de reproduire l'émotion du Cri», rappelle Yannis. Anthony, 17 ans, qui «adore le gore», s'est tourné vers les frères Chapman et Cattelan : «Le pape écrasé par une météorite, là j'ai bien rigolé» (il s'agit de 9e Heure, de Maurizio Cattelan). «Anthony a eu l'idée de rapporter ses soldats, il les a scannés, a ajouté du rouge, raconte Nicolas Clauss. Ensuite j'ai recomposé l'image pour y mettre tout ce qu'il me faisait passer de son désir.» Dégoûtante pour les filles, la métaphore sanguinolente colle parfaitement aux artistes sulfureux. Objet intime. Le module le plus incroyable se lit comme un hommage «à la manière de» Boltanski. En repatouillant les lettres de son nom, les enfants ont inventé un personnage, lui ont imaginé une vie («à 15 ans, première cigarette...»), qui s'inscrit en surimpression d'un «mémorial de l'Espal» : chacun est venu avec un objet intime pour en raconter l'histoire. «On a connu plein de trucs, dit Meïssa. C'était fort quand Sandra est venue avec la valise de son père mort, pleine de pellicules photo pas développées.» Francis Bacon est au top. Un triptyque aux têtes difformes où les visages de Yannis, Meïssa et Samia ont été incrustés. «On a travaillé au moins 600 images. A chaque fois, Nicolas disait que ça collait pas, fallait recommencer», peste en riant Samia. Leur grand jeu de l'art achevé, les enfants ont cédé la place à Nicolas Clauss, qui, par petites touches, a su transformer la matière en un bijou d'interactivité ludique, mêlant recherches sonore et visuelle, candeur et profondeur, rimes et ritournelles. Sur le Net depuis fin 2004, De l'art si je veux se déclinera en installations géantes sur la scène de l'Espal, en mai... pour que les parents expérimentent, eux aussi, l'art contemporain. ---------------------------------------------------------
DE L'ART SI JE VEUX Il y a certaines choses qui ne changent pas, quand bien même on entre tout juste dans une année nouvelle. Les réalisations de Nicolas Clauss sont de celles-là, sont dernier opus sur la toile en est la preuve flagrante. Se faire passeur d'art, interroger un public au départ candide pour en tirer ensuite matière à réalisation plastique, voilà le pari. Au vu du résultat on peut le considérer comme gagné. Simplement mais surtout efficacement, les prolongements mis en scène passent tour à tour de Bacon aux frères Chapman en lorgnant vers Basquiat, Spoerri et d'autres. On sent que les choses sont passées, que quelque chose de neuf se passe... Art Hunter ---------------------------------------------------------------------- DE L'ART SI JE VEUX Le site De lart si je veux
est le fruit dune rencontre de plusieurs mois entre lartiste
multimédia Nicolas Clauss et un groupe dadolescents du
quartier des Sablons au Mans qui ont été sensibilisés
aux uvres et aux artistes majeurs de lart moderne et contemporain. Ce décloisonnement de lart offre à un public ordinairement « ignoré » lopportunité dexprimer en actes, au-delà des mots, leurs émotions à propos des uvres. Les soi-disant difficulté daccès et hermétisme de dart contemporain volent ici en éclat. Dans la page daccueil, un
carré divisé en neuf cases permet daccéder
à neuf saynètes dans lesquelles sont présentées
les grandes figures de lart du XXe siècle : Marcel Duchamp
et le ready made, LHOOQ, Rrose Selavy ; Edward Munch avec Le Cri à
propos duquel les jeunes ont interviewé le public de lEspal. Au-delà de lapproche
des grands repères de lart moderne et contemporain, le
site est un lieu dexpression personnelle pour les adolescents
qui sexercent à lécriture et à la réflexion
sur lart selon Ben ; ou qui sessaient à la mise en
scène et aux graffittis avec Jean-Michel Basquiat. Nous sommes
explicitement dans une « simulation critique de la représentation
». Les saynètes de De lart si je veux ne sont pas hermétiques les unes aux autres. Elles tissent entre les artistes et les jeunes un réseau de questions à la fois naïves et fondamentales : Quest ce que lart ? Que peut-il nous apporter ? Quest-ce que le goût ? Le beau ? Cela en mêlant différents types de narrations (interviews, musique, animation, séquences filmées, photomontages, dessins, textes). Il sagit ici du renouvellement dune expérience déjà effectuée par Nicolas Clauss avec Cinq ailleurs (http://www.cinq-ailleurs.com/), où il retrace les " ailleurs " de cinq personnes de différentes nationalités habitant les Muraux. Frédéric Lebas -------------------------------------------
How does a naïve audience view art? asked visual artist Nicolas Clauss during his residency at L'atelier Multimedia de L'espal, France. To find out, he worked with a group of adolescents from a working class neighbourhood for several months, first surrounding them with 20th century works of art and then inviting them to express their responses creatively. The adolescents chose 9 artworks, and with the assistance of Clauss, used photography, video, sound and digital technologies to create their own art-inspired works of art. The result--'Art If I Want'--can be viewed online as a dark but playful world of morphing images and audio, and there will be an offline exhibition in May 2005. By opening a door through which the adolescents could enter and put themselves into the picture, Clauss has initiated a dialogue of demystification between art and a new audience. Rather than answering the original question, the project and its title demonstrate a freedom of approach and empowering agency. Helen Varley Jamieson ----------------------------------------------------- DE L'ART SI JE VEUX De la peinture à la programmation : flying puppet Autodidacte, Nicolas Clauss découvre la peinture, puis voyage, de lInde vers lAustralie, se fixe en Corée du Sud. De retour en France il constate quelle se vend bien quand elle est de qualité. Trente toiles vendues à ses débuts, coup dessai, coup de maître. Une galerie quil juge une « bonne » galerie, la galerie Arnoult rue Guénegaud. Et pourtant, « Est-ce quon peut toujours faire de la peinture en 2000 ?». Une interrogation qui va le mener en 1999-2000, encore en autodidacte, à apprendre la programmation sur Director (Macromedia). Aujourdhui il fait partie des artistes qui ont appris à maîtriser loutil, à en éclairer et en élargir lusage ensuite, - le propre de lartiste. Le site flying puppet devient une référence. Nicolas Clauss y invite des contributeurs, figures représentatives de lart numérique : « Jean-Jacques Birgé, compositeur et cinéaste collabore régulièrement au site pour la musique et la conception de nombreux tableaux. Se joignent plus ponctuellement au site des amis, compositeurs de musique, programmeurs d'algorithmes, auteurs qui l'enrichissent de leurs collaborations : François Baxas, Frédéric Durieu, Thomas Le Saulnier, Antoine Schmitt, Bernard Vitet, Denis Colin, Patricia Dallio, Hervé Zenouda, Stéphane Copin et d'autres à venir. » Son travail a été récompensé par une douzaine de prix internationaux (Ars Electronica, Cyber@rt, Videoformes, Flash Festival, SACD, Villette Numérique...). Jai10ans.com Nicolas Clauss développe de plus un talent particulier : il fait le pari dintéresser à lart des jeunes que rien ne prédispose à approfondir le sujet. Jeunes des cités, quil accompagne dans une démarche de découverte : découverte de formes dexpression, celle des autres, celles deux-mêmes, et sans doute leur donne-t-il à jamais le goût des choses de la culture, capital pour la vie, bien précieux constitutif de lidentité. Le site http://www.jai10ans.com/ est exemplaire : une remise en scène de limage. Limage ici nest pas sauvage, abandonnée à elle-même, au motif que lanimation et lattrait du Web sauraient suffire : elle est au contraire très cadrée et encadrée, au sens le plus classique du terme. L image de Jeremy, de taille réduite, bordurée de flou, soulignée au crayon, incrustée dans un effet de transparence, nous propose une lecture plastique de lécran, là où il ny aurait eu que banalité de lautoportrait. Ailleurs le dessin denfant de Vincent est envahi de marionnettes volantes, des « flying puppet » parmi lesquelles le jeune dessinateur prend un envol magique à la Peter Pan. De lart si je veux Une résidence de plusieurs mois à lESPAL au Mans lui permet daller encore plus loin et de développer cette façon personnelle d « embarquer » les jeunes dans une uvre numérique quil élabore avec eux au fil des jours, sans compter les heures, parfois le dimanche, grâce au dévouement du personnel de cet Espace Culture Multimédia. « On sest mis daccord sur un thème : lart. Lidée du projet était de partir dun public candide qui ne connaît absolument rien en art contemporain et cest de passer plusieurs mois pour restituer le travail réalisé. Le pari : faire une uvre dart avec ça. Cest très ambitieux ».La forme que prend loeuvre lest aussi : outre un site Internet, une installation « lourde » qui va tourner dans plusieurs villes de France. Elle a été montrée au Mans, projetée sur le sol. « Beaucoup de programmation, beaucoup de code, toujours une recherche formelle, inventer des nouveaux trucs ». Cest précisément cette invention formelle quon retient dabord : la beauté plastique alliée au « numérique » (son, image, texte, mouvement). A chaque fois les jeunes commentent les peintres en vivant lexpérience esthétique et en simpliquant, en sy incorporant, au sens propre du terme : Bacon, Basquiat, Duchamp, Spoerri sont revisités. Ils se filment, sincrustent dans la toile ou la sculpture, sy imbriquent, la commentent, la vivent, en somme. « Quand on comprend, lart, on trouve que ça a un sens ». « Lart cest croire en son projet ». «Lart permet de se faire écouter, de se faire entendre, de se faire comprendre ». Un des jeunes, quand il sagit de commenter Spoerri, va trouver son père cuisinier avec lequel il a un entretien. Un autre anime un triptyque dans lesprit de Basquiat. Pour Arman, cest une accumulation de corps en mouvement dans une mécanique gestuelle qui évoque luvre de lartiste numérique Du Zhenjun. « Le numérique, oui, mais pas seulement. » Tout a commencé cependant
par la lecture : des gros livres sur lart contemporain empruntés
à la médiathèque où ils ont pu déterminer
leurs choix. Sur Jean-Michel Basquiat, tous étaient daccord.
Marcel Duchamp a suscité des commentaires inspirés. «
Le numérique, oui, mais pas seulement
» dit Nicolas
Clauss. Cest sans doute la démarche globale de lartiste
quil faut saluer, maîtrise des outils, recherche formelle,
recherche documentaire avec les adolescents sans doute plus rigoureuse
quil ny paraît. Un projet très cadré
techniquement et esthétiquement. En mai 2005 : Janique LAUDOUAR -------------------------------------------
Des jeunes issus de quartiers populaires décodent des uvres d'art contemporain (Basquiat, Duchamp, Boltanski...) et retranscrivent leurs émotions dans des animations très multimédia. "de l'art si je veux" est un projet réussi, chapoté par le talentueux Nicolas Clauss. |